D’abjection en déjection: “Je suis indignée par les propos d’André Silver Konan”

Dans son feuillet, « Junior Gbagbo : Comment j’ai rencontré le mercenaire libérien de Gbagbo », le journaliste déclare qu’il a rencontré en juin/juillet 2011 le dernier témoin de la CPI, à Accra, au Ghana. Déjà à l’époque, Gbagbo Junior s’attendait certainement à ce que, suite à cette interview, l’on diffuse sa « part de vérité » ! Mais ASK ne jugea pas utile d’en faire un article. Il a beau jeu maintenant de se retrancher derrière de soi-disant “secrets qu’il ne peut révéler” sous peine de mettre en danger la vie de certains pro-Gbagbo : car pourquoi alors n’a-t-il pas daigné se faire l’écho des propos fougueux et engagés d’un homme qui, ayant combattu aux côtés de ses frères les Wé de Côte d’Ivoire, s’est ensuite employé à défendre la résidence du Président Gbagbo contre les assauts de la France et de l’ONUCI ? N’est-ce pas c’est uniquement par manque de courage ? En effet, quand on à la fois correspondant de “Jeune Afrique” et abonné à la nouvelle cantine de Ouattara and Co, il est des vérités dont la publication non seulement ne rapporte rien, mais fait courir des risques mortels à qui en est la source !

Et voilà qu’aujourd’hui ce monsieur vient, la bouche en cœur, nous affirmer qu’il connaît mieux que quiconque Jérôme Tarlué, qui vient de terminer sa prestation de témoin à la CPI. Mais que pourraient bien valoir ces racontars sur un homme dont il aurait pu livrer le témoignage dès 2011 ? Comment se fait-il qu’à peine Gbagbo Junior sorti de l’anonymat, on nous exhorte, comme par hasard, à croire sur parole le célèbre ASK : “oui, il s’agit bien d’un mercenaire libérien, copain de mercenaires; oui, il est bien ce témoin à charge enrôlé à juste titre par la procureure Bensouda…”

Quand ce dernier ose écrire que « certaines attaques perpétrées à l’ouest du pays (à cette époque) auraient été financées par des anciens barons du pouvoir Gbagbo », j’en viens même à me poser la question : ne serait-ce pas lui, le journaliste abreuvé de confidences de tous bords, qui, fort de « révélations » non dévoilées en leur temps aurait pu, par ses bavardages irresponsables, mettre en danger certaines personnalités, comme Hubert Oulaye, arrêté et accusé par la « justice » ivoirienne de tentative de coup d’état ? Que cherche-t-il en diffusant de telles rumeurs ? Mettre en danger certains cadres de l’ancienne majorité présidentielle encore en exil ? Et avec des phrases sibyllines du genre : « je sais beaucoup de choses, mais je ne le dis pas ! » ? Rappelons que les mandats d’arrêt lancés contre certains cadres Wé n’ont jamais été annulés, malgré les appels récurrents au retour des exilés et à la réconciliation lancés par le squatteur internationalement estampillé de la maison Ivoire…

Que cherche notre journaliste en mal de scoop? Profiter de cet assourdissant témoignage à la CPI pour dire, “moi aussi je connais Junior Gbagbo, je le connais même mieux que vous, il m’a dit des “choses” que je ne dévoilerai pas !” Mais en attendant, il ne se gêne pas pour le salir : oh, non pas aux yeux de ses copains larbins et autres journaleux opportunistes nourris de la même soupe rattrapée, mais devant tous les ivoiriens assoiffés de vérité, de justice et de retour à une vraie paix véritable.

Mais quelle eau, cher ASK, Junior Gbagbo aura-t-il apporté au moulin de la procureure Bensouda ? La preuve du recrutement par le rebelle Ouattara de mercenaires ensuite spontanément ralliés à la cause du Président légitime et de son armée régulière ? Même s’Il est évident que le passage de ce témoin qui, rétrospectivement, aurait dû figurer parmi les témoins de la défense, n’infléchira en rien la ligne de conduite de la CPI. En dépit de toutes les bonnes volontés du monde, LG restera coupable, ligoté par les minuties d’un procès taillé pour durer des années, jusqu’à ce que – espèrent-ils naïvement – mort s’ensuive : ne faut-il pas à tout prix sauver les Etats payeurs, donneurs d’ordres de cette justice d’opérette ?

Lorsque, au témoin évoquant le risque d’être assassiné pour sa prise de parole à la CPI, le juge Cuno Tarfusser, mi-amusé mi-narquois, lance un cynique « touchons du bois pour que cela n’arrive pas », nous sommes tragiquement conscients d’assister à la représentation d’un opéra bouffe, mais à l’échelle intercontinentale, aux éclats de rire en forme d’éclats d’obus, et aux chanteurs experts en… sanglots : sanglots de victimes et d’otages bien réels. Comme les gardes des camps nazis, aussi prompts à s’émouvoir devant la souffrance de leur chien qu’à jouir de la mise au garde à vous forcée, pendant des heures et en plein hiver, de centaines de prisonniers épuisés et affamés, la cour, – et particulièrement l’avocate des victimes RDR du président Gbagbo – préfère s’inquiéter de la menace imaginaire d’une hypothétique vengeance des pro-Gabgbo à l’encontre de témoins bénéficiant pourtant de la protection du Parrain de la lagune, que de la menace, bien réelle, pesant sur quiconque professe la vérité, des exactions passées, présentes et à venir de ce même Parrain et de ses sbires. Pour ces menacés-là, innombrables et indubitables, « touchons du bois » suffira. Ce qu’ignore Tarfusser, c’est la puissance de ce bois d’une croix et d’un témoignage blasphémés par sa forfaiture de juge inique.

Ce qui apparaît clairement, c’est qu’au travers de son post, cet écrivain à mots couverts propose ses services tant à la CPI qu’aux pions judiciaires du vizir d’Abidjan. “Je connais des secrets, je ne peux pas les révéler, mais sachez que Bensouda a eu raison de faire venir à la barre Junior Gbagbo, je peux être le témoin qui a entendu le témoin P 350, et je sais ce qu’il a vraiment voulu dire!”

Gbagbo Junior s’est pourtant fort bien fait comprendre, en répétant qu’il n’était pas un mercenaire au sens classique du terme, mais bien un mercenaire repenti, d’abord recruté, non par Gbagbo, mais par les rebelles de Ouattara pour combattre le gouvernement légitime de Côte d’Ivoire, puis rallié à la cause de la légalité ivoirienne, et devenu de son propre chef supplétif des FDS. Humble témoin de l’immense popularité, toujours croissante, dont jouit le Président Gbagbo à l’échelle de tout le continent africain. Tout cela, ASK n’en souffle mot, et pour cause…

Ce monsieur très sérieux, trop sérieux, prodigue en selfies complaisants, dont il use et abuse sur Facebook, pense avoir écrit l’article du siècle. Je voudrais seulement lui conseiller de ne pas se tromper d’avenir, en se prenant pour la plante appelée à pousser sur le terreau du témoignage de Junior Gbagbo. Car à force de calomnies, d’insinuations, d’appels biaisés aux ressources d’une mémoire oh combien sélective, pour inciter les Maîtres au pouvoir à se rappeler de lui, ce monsieur court le risque de pousser très vite, trop vite, sur ce qu’il croit être le fumier d’un inférieur, alors que sous la fine couche de terre de l’illettrisme de Junior Gbagbo, se tient le roc de l’humanité la plus authentique, totalement inapte à nourrir les parasites. Oui, qu’ASK prenne garde de sécher sur pied, aussi vite qu’il aura poussé, tel le ricin du prophète Jonas…

Shlomit Abel, le 24 novembre 2016

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