FPI: Pendant que Affi se débat pour dire que l’handicap n’est pas lié à Gbagbo, son conseillé en communication Jean Bonin affirme le contraire

En effet, après son interview à l’AFP, Affi a fait pondre un communiqué explicant que l’image qui serait un handicap n’était pas lié à Laurent Gbagbo, mais son conseiller en communication Jean Bonin à travers l’intervention ci-dessus pris sur son mur facebook confirme encore une fois que Affi faisait effectivement allusion à Gbagbo. Déjà le titre de son écrit en dit long. Lisez vous-même.

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FPI, rompre avec Gbagbo ou périr.

La presse nationale et même internationale, comme un seul organe, s’est faite l’écho ce jour d’une déclaration qu’aurait fait le Pdt du FPI, Affi N’Guessan, sur le handicap que constituerait l’image de Gbagbo pour le FPI.

Affi N’guessan l’a t’il ou non dit ? Je n’en sais rien. Toutefois, un communiqué du FPI souligne qu’il s’agirait plutôt de l’image du FPI lui-même qui serait un handicap et non celui de Gbagbo. Le débat est-il clos pour autant ? Non. De mon point de vue il ne fait que s’ouvrir.

En effet, après mûres réflexions et suite à une analyse de la situation politique actuelle du FPI, d’une part, et de l’ambiguïté de la position de Gbagbo lui-même face à celle-ci, d’autre part, il ne fait l’objet d’aucun doute dans mon esprit que Gbagbo est en réalité l’instigateur de la fronde au FPI. Dès lors, plus qu’un remède, il devient le principal problème du FPI.

1 – Le principal problème du FPI c’est Gbagbo

Soyons objectifs. Aujourd’hui, qu’est-ce que politiquement Gbagbo rapporte et apporte au FPI ? Au centre et au nord du pays le FPI ne peut pas progresser à cause de l’image de Gbagbo. Dans les zones où le FPI était bien implanté, Gbagbo a semé la fronde et l’alimente.

Depuis plus de deux ans, il accompagne implicitement les frondeurs, les légitime en les recevant, ce qui leur permet d’intoxiquer et de diffuser leur venin sur l’ensemble du territoire. Cela compromet toute chance de victoire du FPI et de ses candidats à des élections.

C’est donc Gbagbo le véritable problème du FPI. Il est la source et la racine du mal aujourd’hui au FPI. S’attaquer à Sangaré et autres est une erreur. Ces derniers ne sont que des exécutants, des instruments. Le vrai commanditaire de la fronde n’est personne d’autre que Gbagbo. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait polytechnique pour comprendre qu’il n’est ni complice ou coauteur mais bien l’instigateur de la fronde. A l’analyse, personne de sérieux ne peut objectivement dire que Gbagbo n’a rien à avoir avec la dissidence et est étranger aux problèmes actuels du FPI.

Certes, le FPI a d’autres problèmes. Il a notamment un passif à combler dans beaucoup de régions. Malheureusement ce passif ne sera pas résorbé avec le nom et l’image de Gbagbo mis en avant. Le parti, avec responsabilité et maturité, doit être capable de se déconnecter de Gbagbo. Soit il réussit à se détacher de Gbagbo et se donne ainsi une chance de survie politique, soit il reste dans ce statut quo et il se condamne à mourir à petit feu, dans une horrible et longue agonie.

Il faut être réaliste. Depuis bientôt trois ans que dure la crise au FPI, si Gbagbo l’avait réellement voulu il aurait pu mettre fin à la crise interne. Il avait en effet largement le temps de faire des mises au point pour confondre les frondeurs et ne pas endosser leurs déclarations. Que nenni ! Il lui était loisible de démontrer qu’il n’avait pas un quelconque problème avec Affi. Il ne l’a pas non plus fait. A contrario à quoi assistons-nous ?

Gbagbo ne reçoit que des frondeurs à la CPI mais refuse de recevoir Affi et ceux qui partagent sa stratégie politique. Telle personne part à La Haye puis se repend dans la presse à la suite de sa rencontre avec Gbagbo, telle autre qu’il aurait dit cela sans que le concerné n’appelle les uns et les autres à la retenue ou ne les contredise.

Mieux, la veille de l’élection présidentielle de 2015, Sangaré et Katina avaient fait un communiqué, au nom et pour le compte de Gbagbo pour démobiliser les électeurs du FPI. Gbagbo par son mutisme a endossé ce communiqué.

Pire, à l’occasion des récentes législatives, Sangaré a trouvé les moyens financiers pour envoyer sur toute l’étendue du territoire des missions en vue d’aller sur le terrain, avec le nom de Gbagbo, faire campagne contre les candidats du FPI et les faire perdre. Cela a été notamment le cas à Yopougon, Bonoua, Gagnoa, Guiberoua, Ouragahio et en pays Attié.

Même si l’impact de ces contre campagnes se situent à de faibles niveaux, c’est 5% à 10% des électeurs captifs du FPI qui ne sont pas allés voter parce que les frondeurs leur ont transmis le message de Gbagbo de rester chez eux. 5 à 10% d’abstention peuvent suffire pour faire perdre n’importe quel candidat dans son fief. Si Gbagbo ne dit rien c’est qu’en fait c’est lui qui les met en mission.

Pour être franc, avec une posture si nocive à quoi Gbagbo sert il concrètement au FPI aujourd’hui ? À rien. Absolument rien. Si ce n’est à faire perdre le FPI. Il n’a jamais, même pas une seule fois, dans une déclaration prôné la réconciliation interne. Il n’aide pas le parti à reconquérir le pouvoir, au contraire, il est devenu objectivement un adversaire politique, l’instigateur de la dissidence. En dehors du problème que représente Gbagbo, les autres problèmes du FPI sont des problèmes classiques d’un parti d’opposition qui se bat contre un autre parti au pouvoir. Il ne faut pas se le cacher ; le vrai problème qui plombe le FPI aujourd’hui c’est Gbagbo et rien d’autre. Il est important d’en parler, sans faux-fuyants.

Dans la crise actuelle au FPI, plusieurs voies s’offrent pourtant à Gbagbo. Soit il se décide à prôner la réconciliation et l’unité du parti, soit il désavoue sans ambiguïté Affi, soit il prend ses distances vis-à-vis des dissidents ou les adoube officiellement. La posture sournoise de Gbagbo ne peut que conduire le FPI à sa perte. Avec cette posture le FPI ne peut prétendre gagner une quelconque élection car il est évident qu’à l’occasion des autres échéances électorales à venir, municipales, régionales et présidentielle 2020, les frondeurs encouragés par “le silence” de Gbagbo sur l’utilisation qu’ils font de son nom pour combattre Affi et les candidats du FPI feront pire demain que ce qu’ils font en ce moment. Déjà les frondeurs disent avoir exclus Affi du FPI. Ils refusent d’aller à un congrès unitaire. Ils refusent de s’asseoir et de discuter avec Affi. Ils ne veulent pas entendre parler de réconciliation. Ils ne disent qu’une seule chose “Gbagbo ou rien”. Les faits sont là.

La position actuelle de certains militants du FPI qui consiste à nier la réalité et à dénier à Gbagbo toute accointance avec les frondeurs me semble être une position lâche et dénote un certain manque de courage politique. Or il est évident que toute initiative du FPI qui ferait la politique de l’autruche sur la posture délibérément nuisible qu’adopte Gbagbo depuis plus de deux (2) ans sera vaine et vouée à l’échec. C’est cette même posture de ni paix ni guerre qu’il avait adopté pendant les 10 ans de la crise militaro-politique, de 2000 à 2011, et qui a fini par faire perdre au FPI le pouvoir d’Etat et qui l’a envoyé à la CPI que Gbagbo continue encore d’avoir avec, comble de l’ironie, les mêmes acteurs qui l’y avaient auparavant encouragé et qui ont précipité sa chute.

En réalité, les populations doivent comprendre que cette crise interne au FPI est une guerre que Gbagbo mène contre le FPI par frondeurs interposés. C’est une guerre de Gbagbo contre Affi. Gbagbo ne veut pas que Affi ou le FPI aient un avenir en dehors de sa personne. Or, dans sa position carcérale actuelle on ne peut pas dire que Gbagbo représente l’avenir du FPI ou de la Côte d’Ivoire. C’est une évidence.

En effet, que peut bien reprocher Gbagbo à Affi ? Le fait qu’Affi veuille que le FPI revienne au pouvoir avec un autre candidat, est-ce cela le crime de lèse-majesté qu’il aurait commis ? que la Côte d’Ivoire aille à la réconciliation, est-ce là la faute politique de Affi ? que le FPI parte aux élections pour avoir des députés et des maires, est-ce là une abomination pour un parti politique qui expliquerait que Gbagbo dresse contre Affi toute une partie des militants du FPI ?

Pendant combien de temps les cadres et les militants de la direction légale du FPI continueront-ils de tolérer cette posture suicidaire et sans issue de Gbagbo ? Le préjudice politique que cette posture leur fait subir n’est-il pas assez élevé pour qu’ils continuent de fermer les yeux sur l’évidence que Gbagbo est l’instigateur de la fronde ? Que gagnent-ils politiquement à faire la politique de l’autruche ?

L’évidence c’est que quand les frondeurs vont sur le terrain ils ne parlent pas en leur nom mais dans celui de Gbagbo. Ils ne font pas des analyses ou des commentaires mais affirment clairement que ce qu’ils disent provient de Gbagbo lui-même : “Gbagbo dit que…”. Les frondeurs ne sont que des porte-paroles et des porte-plume de Gbagbo, que cela soit bien compris de tous.

Comme l’a dit le Pdt du FPI, Affi Nguessan, le FPI doit se réformer, il ne doit pas être prisonnier de l’image de Gbagbo, “il doit construire un vrai parti républicain, soucieux de la stabilité politique, ouvert au monde et non un parti renfermé sur un nationalisme débridé”.

Gbagbo lui-même avait déjà amorcé ce travail de réformation quand en 2010 au lieu d’être le candidat du FPI il a été celui d’un groupement de partis politiques dénommé LMP. Il avait conscience que l’image du FPI au plan national comme international était passablement écorné ce qui l’a amené contrairement à la présidentielle de 2000 à choisir son directeur de campagne dans les rangs du PDCI, à choisir en 2010 après l’élection présidentielle son 1er ministre, Aké N’Gbo, dans la société civile.

Pour ma part, au delà du problème que pose aujourd’hui la posture de Gbagbo et son image dont il faut se déconnecter c’est le nom même du parti qu’il faut avoir le courage de changer. La réflexion doit être poussée jusqu’à ce niveau. Il ne s’agit pas de créer un nouveau parti, mais à l’instar de l’UMP en France il faut pouvoir aller de l’avant et arrêter de regarder dans le rétroviseur. C’est à ce prix que la FPI pourra devenir un grand parti, un parti national, moderne et en harmonie avec les enjeux de son époque.

Je suis conscient que mes écrits susciterons de multiples réactions et commentaires, des plus virulents aux plus émus. Nombreux parmi les cadres et militants du FPI sont d’accord avec ce que je dis, je le sais, vu qu’entre 4 murs nous en parlons. Certains seront de prime abord troublés, voire paniqués par cette contribution. Je l’assume et je suis prêt à en assumer le prix politique. Mon franc-parler et ma nature de libre penseur ne peuvent s’accommoder de la langue de bois.

Hier c’était Koulibaly, alors Président par intérim du FPI qui prônait une réforme du parti et même son changement de nom. Il en a été banni. Aujourd’hui ceux qui hier l’avaient poussé à s’exclure du parti sont ceux qui aujourd’hui paradent fièrement à ses côtés de meetings en meetings et même pour certains réclament son retour parmi eux. Cela est possible aujourd’hui car le temps a fait son effet tout comme il finira par faire son effet sur la crise actuelle au FPI et dès lors les frères ennemis d’aujourd’hui pourront demain se retrouver à nouveau réuni. Le PDCI et le RDR en sont aujourd’hui là après la farouche guerre qu’ils se sont livrés ; à présent ils foncent droit vers un nouveau parti réformé : le RHDP.

Il faut vaincre en nous la peur de dire ce qui est vrai et bon pour le FPI. Dans l’intérêt du FPI et de Gbagbo lui-même il faut s’élever au dessus des “qu’en dira-t-on”, des injures et autres formes de stigmatisation qui ne manqueront pas de pleuvoir de la bouche ou de la plume des bien-pensants et des détenteurs exclusifs de l’amour pour Gbagbo. Nonobstant tout cela, et à cause même de cela, il importe de prendre un peu de hauteur et de faire une analyse froide de la situation actuelle du FPI. L’enjeu qui est la survie du FPI l’impose. Ce n’est nullement une affaire d’être contre ou pour Gbagbo. C’est une question de responsabilité politique.

2 – La responsabilité politique commande de distinguer la question de la libération de Gbagbo de la mission politique originelle du FPI

Cette responsabilité politique s’exerce vis-à-vis de Gbagbo lui-même qu’il faut évidemment aider à sortir des liens de la détention mais également vis-à-vis des ivoiriens. Elle doit être assurée par le FPI et aucun ultra-nationalisme, égocentrisme ou tribalisme ne doit y faire obstacle en prenant en otage le FPI.

En réalité, les gens font une confusion entre la question de la libération de Gbagbo et celle du FPI. Si la question de la libération de Gbagbo prend en otage le FPI il est à parier que le FPI échouera sur les deux plans ; celui de la libération de Gbagbo, d’une part, et sur la mission que le FPI s’est donnée lors de sa création, d’autre part. En effet, c’est lorsque le FPI sera fort qu’il sera utile à Gbagbo. Un FPI faible entraînera et la mort politique de Gbagbo, mais aussi de tous ses compagnons, ceux dans la légalité comme ceux dans la dissidence.

La politique a besoin de courage et de vérité. Si les dirigeants et les militants du FPI n’ont pas ce courage et ne sont pas capables de dire la vérité ils n’arriveront jamais à convaincre les ivoiriens de la justesse de leur combat. Pour cela le FPI doit objectivement reconnaître ses erreurs du passé, ce qu’il n’a pas fait ou pu faire. Aujourd’hui le pays est en lambeau. C’était le FPI qui était au pouvoir, qui avait la direction du pays. S’il y a eu des morts, de nombreux ivoiriens en exil et en détention c’est forcément parce qu’à un moment ou un autre, à un niveau ou un autre le FPI a failli pour n’avoir pas pu ou su faire ce qu’il aurait dû faire pour éviter à la Côte d’Ivoire ce qui lui est arrivée. Ne dit-on pas que le Chef a le dos large ? Il appartient donc au Chef d’assumer.

Après la crise postélectorale de 2011, le FPI aurait dû avoir le courage politique de faire le bilan de ses 10 ans de gestion du pouvoir. Cela n’a jamais été fait, c’est irresponsable car aucune organisation politique sérieuse ne peut faire l’économie d’un bilan de ses actions, surtout après sa chute. Ce courage politique a manqué aux militants du FPI car, pour eux, faire ce bilan c’est nécessairement accabler Gbagbo. Or tout le monde le sait, dans ce parti ou le culte de la personnalité n’existe pas il ne faut surtout pas trouver des défauts ou imputer des manquements à Gbagbo… l’omniprésent, l’omnipotence, l’omniscient.

Le FPI est condamné à se détacher de Gbagbo pour pouvoir lui être utile car Gbagbo lui-même se comporte en ce moment comme un noyé qui veut emporter avec lui sous l’eau son sauveur. C’est triste à dire mais c’est cela la réalité.

Le FPI est aussi condamné à faire une investigation, une introspection et à entreprendre une analyse approfondie sur sa situation actuelle en vue de se réformer. Il doit le faire en dehors de toute émotion. Il ne s’agit pas sur un coup de la colère de prendre des décisions graves de conséquences pour le parti mais de peser le pour et le contre de la situation actuelle du parti et de la posture de Gbagbo. Le pour ou le contre du changement du nom du parti. Les préjugés attachés au nom du parti sont-ils oui ou non insurmontables ? Certains diront qu’ils ne sont pas insurmontables, d’autres qu’ils le sont. Mais un fait est implacable, l’image du leader impact nécessairement et fortement sur l’image du parti.

Le FPI doit poser le problème en interne pour en débattre car c’est dorénavant pour lui une question de survie. De 2014 à 2016, le FPI et Affi ont passé tout leur temps à gérer la fronde, dès lors peu de choses ont été faites pour que le FPI prenne position sur les vraies questions qui préoccupent les ivoiriens et sur l’implantation du parti. La crise interne a brouillé l’image du FPI. Tout le discours sur la réconciliation tenu par les légalistes est brouillé par les frondeurs. Il faut donc clarifier une bonne fois pour toute la situation, le discours et la posture des uns et des autres.

La vérité rougit les yeux mais ne les casse pas.

Jean Bonin

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